Page:Flaubert - Madame Bovary, Conard, 1910.djvu/369

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Elle n’acheva pas. L’apothicaire tonnait :

— Vide-la ! écure-la ! reporte-la ! dépêche-toi donc !

Et, secouant Justin par le collet de son bourgeron, il fit tomber un livre de sa poche.

L’enfant se baissa. Homais fut plus prompt, et, ayant ramassé le volume, il le contemplait, les yeux écarquillés, la mâchoire ouverte.

L’amour… conjugal ! dit-il en séparant lentement ces deux mots. Ah ! très bien ! très bien ! très joli ! Et des gravures !… Ah ! c’est trop fort !

Mme Homais s’avança.

— Non ! n’y touche pas !

Les enfants voulurent voir les images.

— Sortez ! fit-il impérieusement.

Et ils sortirent.

Il marcha d’abord de long en large, à grands pas, gardant le volume ouvert entre ses doigts, roulant les yeux, suffoqué, tuméfié, apoplectique. Puis il vint droit à son élève, et, se plantant devant lui les bras croisés :

— Mais tu as donc tous les vices, petit malheureux ?… Prends garde, tu es sur une pente !… Tu n’as donc pas réfléchi qu’il pouvait, ce livre infâme, tomber entre les mains de mes enfants, mettre l’étincelle dans leur cerveau, ternir la pureté d’Athalie, corrompre Napoléon ! Il est déjà formé comme un homme. Es-tu bien sûr, au moins, qu’ils ne l’aient pas lu ? peux-tu me certifier… ?

— Mais enfin, monsieur, fit Emma, vous aviez à me dire… ?

— C’est vrai, madame… Votre beau-père est mort !