Page:Flaubert - Madame Bovary, Conard, 1910.djvu/493

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je l’ai encore vue samedi dernier dans ma boutique !

— Je n’ai pas eu le loisir, dit Homais, de préparer quelques paroles que j’aurais jetées sur sa tombe.

En rentrant, Charles se déshabilla, et le père Rouault repassa sa blouse bleue. Elle était neuve, et, comme il s’était, pendant la route, souvent essuyé les yeux avec les manches, elle avait déteint sur sa figure ; et la trace des pleurs y faisait des lignes dans la couche de poussière qui la salissait.

Mme Bovary mère était avec eux. Ils se taisaient tous les trois. Enfin le bonhomme soupira :

— Vous rappelez-vous, mon ami, que je suis venu à Tostes une fois, quand vous veniez de perdre votre première défunte. Je vous consolais dans ce temps-là ! Je trouvais quoi dire ; mais à présent…

Puis, avec un long gémissement qui souleva toute sa poitrine :

— Ah ! c’est la fin pour moi, voyez-vous ! J’ai vu partir ma femme…, mon fils après…, et voilà ma fille, aujourd’hui !

Il voulut s’en retourner tout de suite aux Bertaux, disant qu’il ne pourrait pas dormir dans cette maison-là. Il refusa même de voir sa petite-fille.

— Non ! Non ! ça me ferait trop de deuil. Seulement, vous l’embrasserez bien ! Adieu !… vous êtes un bon garçon ! Et puis, jamais je n’oublierai ça, dit-il en se frappant la cuisse, n’ayez peur ! vous recevrez toujours votre dinde.

Mais, quand il fut au haut de la côte, il se détourna, comme autrefois il s’était détourné sur le