Page:Flaubert - Madame Bovary, Conard, 1910.djvu/513

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moments, tant je sens mon impuissance. Mais je crèverai plutôt que de l’escamoter… La phrase en elle-même m’est fort pénible, il me faut faire parler, en style écrit, des gens du dernier commun… » (Corr., 1852.)

« La Bovary ne va pas raide, en une semaine deux pages ! ! ! il y a de quoi quelquefois se casser la gueule de découragement. Ce que sera ce livre, je n’en sais rien, mais je réponds qu’il sera écrit… Dire à la fois proprement et simplement des choses vulgaires ! c’est atroce. » (Corr., 1853.)

« Ce qui fait que je vais si lentement, c’est que rien dans ce livre n’est tiré de moi, jamais ma personnalité ne m’aura été plus inutile… Saint Antoine ne m’a pas demandé le quart de tension d’esprit que la Bovary me cause… » (Corr.)

« C’est que ma Bovary n’avance qu’à pas de tortue… je veux trouver quatre ou cinq phrases que je cherche depuis bientôt un mois. » ( Corr.).

« Ce soir je viens d’esquisser toute ma grande scène des comices agricoles, elle sera énorme. – Je suis sûr de ma couleur et de bien des effets, mais pour que tout cela ne soit pas trop long, c’est le diable ! » (Corr.)

« Il me faut de grands efforts pour m’imaginer mes personnages et puis pour les faire parler, car ils me répugnent profondément, mais quand j’écris quelque chose de mes entrailles, ça va vite. » (Corr.)

« J’ai bien peur que mes comices ne soient trop longs, c’est un dur endroit. J’y ai tous mes personnages de mon livre en action et en dialogue, les uns mêlés aux autres, et par là-dessus un grand paysage qui les enveloppe, mais si je réussis, ce sera bien symphonique. » (Corr.)

« Ça s’achète cher le style ! Je recommence ce que j’ai fait l’autre jour ; deux ou trois effets ont été jugés hier par Bouilhet ratés, et avec raison, il faut que je redémolisse presque toutes mes phrases. » (Corr.)

« Je suis navré d’ennui et humilié d’impuissance ; le fond de mes comices est à refaire, c’est-à-dire tout mon dialogue d’amour dont je ne suis qu’à la moitié… Ce livre, au point où j’en suis, me tourmente tellement que j’en suis parfois malade physiquement… Quelle sacrée mauvaise idée j’ai eue de prendre un sujet pareil ! Ah ! je les aurai connues les affres de l’art ! » (Corr.)

« La Bovary remarche. Bouilhet a été content dimanche, mais il était dans un tel état d’esprit et si disposé au tendre, qu’il l’a peut-être iugée trop bien… Je ne dois pas être loin cependant, les comices me demanderont bien encore six belles semaines,