Page:Flaubert - Madame Bovary, Conard, 1910.djvu/526

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Dans les langueurs d’Emma importance conseillée de la distraction, de l’exercice, et ce qu’on fait pour la distraire.

Elle dépérit physiquement et est reprise plus fort qu’à Tôtes — se croit à cette époque très expérimentée, ayant usé de tout, et sage selon elle, elle n’a plus rien à apprendre dans la vie — action inactive elle s’occupe beaucoup des mains mais au fond est dévorée de rêveries — à Tôtes c’était l’oisiveté pure.

Rodolphe Boulanger 34 ans — carré — brun — un luron dans toutes les extensions du terme, homme d’esprit et d’expérience, type extérieur du brac — chasseur hâlé en velours vert — maquignon se ruinant petit à petit en chevaux et en voyages à Paris, entretient des actrices à Rouen — aime la table — vient un jour de marché chez son mari — son geste en voyant Mme Bovary — seconde rencontre à un comice agricole qui serait suivi d’un dîner — deux ou trois visites — empoigne Emma par la blague et l’esprit — il la fait monter à cheval avec lui — dans bois d’automne — figure d’Emma rouge de vent — son voile accroché aux buissons — haletante de la course elle descend et est obligée de s’appuyer contre un tronc de chêne — … —

Étourdissement qui résulta du premier adultère — orgueil du bonheur — elle se reporte mieux, jamais elle n’a été plus belle, une hutte de sabotiers dans les bois — rendez-vous le matin on trotte dans les prairies pleines de rosée — le soir pour revenir chez elle, elle prend par le derrière du village et est obligée de passer entre les arbres de la rivière par une margelle étroite et boueuse au risque de tomber dans l’eau — neige — peur d’être gobée — elle se venge en son cœur de sa vie précédente, elle jouit — son état sentimental l’a portée aux sens, les sens la poussent au sentiment, ça devient du haut amour — Rodolphe finit par en être assommé et peu à peu l’envoie promener — Château de Rodolphe — Gd château du pays de Caux — Hêtres — Sauts de Loup — appartements vides — Emma y vient deux ou trois fois — Désespoir morne — elle rêve le suicide — maladie — peur de la mort idées religieuses ça se calme — elle revient à son mari.

Voyage à Paris — on rencontre par hasard Léon au spectacle — il est maintenant maître-élève à Rouen —

Rentrée à Yonville — Léon a trois ans de plus il a gagné quelque hardiesse, il veut r’avoir Mme Bovary qu’il a maintenant sous la main et qu’il a ratée autrefois, elle l’excite plus que jamais — Emma expérimentée par une première déception et ramenée par vertu à son mari résiste longtemps — elle finit par céder cependant — un soir dans sa chambre sur ce même fauteuil où se donna la première et unique langue — … exquis, ému, fiévreux — délices d’Emma qui trouve enfin son rêve réalisé,