Page:Flaubert - Madame Bovary, Conard, 1910.djvu/600

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page a été validée par deux contributeurs.


dans le trait sur la confession, page 30 [1] de la première livraison, numéro du 1er octobre, dans la transition religieuse, page 548 [2] et 550 [3] du 15 novembre ; et enfin dans la dernière scène de la mort.

Vous avez devant vous, messieurs, trois inculpés : M. Flaubert, l’auteur du livre ; M. Pichat qui l’a accueilli, et M. Pillet qui l’a imprimé. En cette matière, il n’y a pas de délit sans publicité, et tous ceux qui ont concouru à la publicité doivent être également atteints. Mais, nous nous hâtons de le dire, le gérant de la Revue et l’imprimeur ne sont qu’en seconde ligne. Le principal prévenu, c’est l’auteur, c’est M. Flaubert, M. Flaubert qui, averti par la note de la rédaction, proteste contre la suppression qui est faite à son œuvre. Après lui, vient au second rang M. Laurent Pichat, auquel vous demanderez compte non de cette suppression qu’il a faite, mais de celles qu’il aurait dû faire, et enfin vient en dernière ligne l’imprimeur, qui est une sentinelle avancée contre le scandale. M. Pillet, d’ailleurs, est un homme honorable contre lequel je n’ai rien à dire. Nous ne vous demandons qu’une chose, de lui appliquer la loi. Les imprimeurs doivent lire ; quand ils n’ont pas lu ou fait lire, c’est à leurs risques et périls qu’ils impriment. Les imprimeurs ne sont pas des machines ; ils ont un privilège, ils prêtent serment, ils sont dans une situation spéciale, ils sont responsables. Encore une fois, ils sont, si vous me permettez l’expression, comme des sentinelles avancées ; s’ils laissent passer le délit, c’est comme s’ils laissaient passer l’ennemi. Atténuez la peine autant que vous voudrez vis-à-vis de Pillet ; soyez même indulgents vis-à-vis du gérant de la Revue ; quant à Flaubert, le principal coupable, c’est à lui que vous devez réserver vos sévérités !

Ma tâche est remplie, il faut attendre les objections ou les prévenir. On nous dira comme objection générale : mais après tout, le roman est moral au fond, puisque l’adultère est puni ?

À cette objection, deux réponses : je suppose l’œuvre morale, par hypothèse, une conclusion morale ne pourrait pas amnistier des détails lascifs qui peuvent s’y trouver. Et puis je dis : l’œuvre au fond n’est pas morale.

Je dis, messieurs, que des détails lascifs ne peuvent pas être couverts par une conclusion morale, sinon on pourrait raconter toutes les orgies imaginables, décrire toutes les turpitudes d’une femme publique, en la faisant mourir sur un grabat à d’hôpital. Il serait permis d’étudier et de montrer toutes ses poses lascives ! Ce serait aller contre toutes les règles du bon sens. Ce serait placer le poison à la portée de tous et le remède à la portée d’un

  1. Page 49.
  2. Page 295.
  3. Page 300.