Page:Flaubert - Par les champs et par les grèves.djvu/201

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page n’a pas encore été corrigée


en était fort perplexe et le garde tout interdit.

Le médecin du pays étant absent, ou ces bonnes gens ne voulant pas s’en servir parce que cela coûtait trop cher, nous eûmes l’aplomb d’of- frir « le secours de nos faibles talents » et nous courûmes chercher notre nécessaire de voyage avec un bout de sparadrap, une bande et de ia charpie que nous avions, en prévision d’accident, fourrés au fond de notre sac.

C’eût été, ma foi, un beau spectacle pour nos amis, que de nous voir étalant doctoralement sur la table de ce gîte notre bistouri, nos pinces et nos trois paires de ciseaux, dont une à branches de vermeil. Le commissaire admirait notre philan- thropie; les commères nous regardaient en silence, la chandelle jaune coulait dans son chandelier de fer et allongeait sa mèche que le garde mouchait avec ses doigts. La bonne femme fut pansée la première. Le coup avait été consciencieusement donné ; ie bras dénudé montrait l’os et un triangle de chair d’environ quatre pouces de longueur retombait en manchette. Nous tâchâmes de re- mettre le morceau à sa place en l’ajustant exacte- ment sur les bords de la plaie, puis nous serrâmes le tout avec une bande. II est très possible que cette compression violente ait causé la gangrène et que la patiente en soit morte.

On ne savait au juste ce qu’avait la jeune fille. Le sang coulait dans ses cheveux, sans qu’on pût voir d’où il venait; il se figeait dessus par plaques huileuses et filait le long de la nuque. Le garde,