Page:Flaubert - Par les champs et par les grèves.djvu/330

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dure rayée par les blanches lignes droites des routes, posée tout à plat dans les prairies, ou ondu- leuse ailleurs sous le mouvement des collines qui la bombent. Le soleil brillait, les arbres ver- doyaient, l’air était bleu; près de là un ruisseau qui descendait de la colline sautillait de cascades en cascades sur les cailloux.

Un bruit de voiture a passé sur la route; elle était cachée par les arbres, et nous entendions seu- lement le glissement rauque de son sabot qui écra- sait la poussière. Au bas de la côte elle s’est ar- rêtée; j’ai pris mon lorgnon : c’était une vraie berline de voyage, ayant siège par derrière, femme de chambre à un bout, chasseur à l’autre, avec quatre chevaux, deux postillons, couverte de vaches, de boîtes, de cartons, et de parapluies accrochés en dehors dans leur étui de cuir ciré. Les stores de soie jaune étaient baissés, je n’ai dis- tingué personne. Qu’y avait-il là dedans? pour- quoi voyageaient-ils, ceux-là, s’ils passaient si vite à côté des ruines sans y mettre un peu les pieds, à côté des beaux ombrages sans lever la tête vers eux, et tout près de cette eau courante sans s’asseoir une minute pour en écouter la chanson ?

Le chasseur, quand il eut remis le sabot, re- monta derrière; les deux postillons claquèrent leur fouet, la voiture partit, elle s’éloignait et se rapetissait à mesure qu’elle filait sur le long ruban de la route. Quelque temps le bruit des galops retentit encore, puis s’affaiblit, s’éteignit.