Page:Flaubert - Salammbô.djvu/10

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


Carthage ! Quant aux vases de la Légion sacrée, c’était une propriété particulière.

Tout à coup, près de Spendius, un Gaulois s’élança par-dessus les tables et courut droit à Giscon, qu’il menaçait en gesticulant avec deux épées nues.

Le général, sans s’interrompre, le frappa sur la tête de son lourd bâton d’ivoire ; le Barbare tomba. Les Gaulois hurlaient, et leur fureur, se communiquant aux autres, allait emporter les légionnaires. Giscon haussa les épaules ; son courage serait inutile contre ces bêtes brutes, exaspérées. Mieux valait plus tard s’en venger dans quelque ruse ; donc il fit signe à ses soldats et s’éloigna lentement. Puis, sous la porte, se tournant vers les Mercenaires, il leur cria qu’ils s’en repentiraient.

Le festin recommença. Mais Giscon pouvait revenir et, cernant le faubourg qui touchait aux derniers remparts, les écraser contre les murs. Alors ils se sentirent seuls malgré leur foule ; et la grande ville qui dormait sous eux, dans l’ombre, leur fit peur, avec ses entassements d’escaliers, ses hautes maisons noires et ses vagues dieux, encore plus féroces que son peuple. Au loin, quelques fanaux glissaient sur le port, et il y avait des lumières dans le temple de Khamon. Ils se souvinrent d’Hamilcar. Où était-il ? Pourquoi les avoir abandonnés, la paix conclue ? Ses dissensions avec le Conseil n’étaient sans doute qu’un jeu pour les perdre. Leur haine inassouvie retombait sur lui ; et ils le maudissaient, s’exaspérant les uns les autres par leur propre colère. À ce moment-là, il se fit un rassemblement sous les