Page:Flaubert - Salammbô.djvu/112

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


gile brûlait doucement contre le mât de la tente, où le zaïmph rayonnait dans la panoplie suspendue. Tout à coup, Mâtho chaussa ses cothurnes, boucla sa jaquette à lames d’airain, prit son casque.

— Où vas-tu ? demanda Spendius.

— J’y retourne ! Laisse-moi ! Je la ramènerai ! Et s’ils se présentent je les écrase comme des vipères ! Je la ferai mourir, Spendius ! Il répéta : Oui ! Je la tuerai ! tu verras, je la tuerai !

Mais Spendius, qui tendait l’oreille, arracha brusquement le zaïmph et le jeta dans un coin, en accumulant par-dessus des toisons. On entendit un murmure de voix, des torches brillèrent, et Narr’Havas entra, suivi d’une vingtaine d’hommes environ.

Ils portaient des manteaux de laine blanche, de longs poignards, des colliers de cuir, des pendants d’oreilles en bois, des chaussures en peau d’hyène ; et, restés sur le seuil, ils s’appuyaient contre leurs lances comme des pasteurs qui se reposent. Narr’Havas était le plus beau de tous ; des courroies garnies de perles serraient ses bras minces ; le cercle d’or attachant autour de sa tête son large vêtement retenait une plume d’autruche qui lui pendait par-derrière l’épaule : un continuel sourire découvrait ses dents ; ses yeux semblaient aiguisés comme des flèches, et il y avait dans toute sa personne quelque chose d’attentif et de léger.

Il déclara qu’il venait se joindre aux Mercenaires, car la République menaçait depuis long-