Page:Flaubert - Salammbô.djvu/132

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vermine ! excréments ! Et ils ne répondent pas ! Assez ! taisez-vous ! Qu’on les écorche vifs ! Non ! Tout à l’heure !

Il soufflait comme un hippopotame, en roulant ses yeux. L’huile parfumée débordait sous la masse de son corps, et, se collant contre les écailles de sa peau, à la lueur des torches, la faisait paraître rose.

Il reprit :

— Nous avons, pendant quatre jours, grandement souffert du soleil. Au passage du Macar, des mulets se sont perdus. Malgré leur position, le courage extraordinaire… Ah ! Demonades ! comme je souffre ! Qu’on réchauffe les briques, et qu’elles soient rouges !

On entendit un bruit de râteaux et de fourneaux. L’encens fuma plus fort dans les larges cassolettes, et les masseurs tout nus, qui suaient comme des éponges, lui écrasèrent sur les articulations une pâte composée avec du froment, du soufre, du vin noir, du lait de chienne, de la myrrhe, du galbanum et du styrax. Une soif incessante le dévorait ; l’homme vêtu de jaune ne céda pas à cette envie, et, lui tendant une coupe d’or où fumait un bouillon de vipère :

— Bois ! dit-il, pour que la force des serpents, nés du soleil, pénètre dans la moelle de tes os, et prends courage, ô reflet des Dieux ! Tu sais d’ailleurs qu’un prêtre d’Eschmoûn observe autour du Chien les étoiles cruelles d’où dérive ta maladie. Elles pâlissent comme les macules de ta peau, et tu n’en dois pas mourir.

— Oh ! oui, n’est-ce pas ? répéta le Suffète, je n’en dois pas mourir !