Page:Flaubert - Salammbô.djvu/144

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


l’autre quelque temps ; tout à coup Hamilcar tressaillit ; sur un geste de sa main, les esclaves s’en allèrent. Alors, lui faisant signe de marcher avec précaution, il l’entraîna par le bras dans une chambre lointaine.

La négresse se jeta par terre, à ses pieds pour les baiser ; il la releva brutalement.

— Où l’as-tu laissé, Iddibal ?

— Là-bas, Maître.

Et en se débarrassant de ses voiles, avec sa manche elle se frotta la figure ; la couleur noire, le tremblement sénile, la taille courbée, tout disparut. C’était un robuste vieillard, dont la peau semblait tannée par le sable, le vent et la mer. Une houppe de cheveux blancs se levait sur son crâne, comme l’aigrette d’un oiseau ; et, d’un coup d’œil ironique, il montrait par terre le déguisement tombé.

— Tu as bien fait, Iddibal ! C’est bien !

Puis, comme le perçant de son regard aigu :

— Aucun encore ne se doute ?…

Le vieillard lui jura par les Kabyres que le mystère était gardé. Ils ne quittaient pas leur cabane à trois jours d’Hadrumète, rivage peuplé de tortues avec des palmiers sur la dune.

— Et selon ton ordre, ô Maître ! je lui apprends à lancer des javelots et à conduire des attelages !

— Il est fort, n’est-ce pas ?

— Oui, Maître, et intrépide aussi ! Il n’a peur ni des serpents, ni du tonnerre, ni des fantômes. Il court pieds nus, comme un pâtre, sur le bord des précipices.

— Parle ! Parle !

— Il invente des pièges pour les bêtes farou-