Page:Flaubert - Salammbô.djvu/149

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raille sept carrés de couleur différente. Après une longue chambre, ils entrèrent dans une autre salle pareille.

Un candélabre tout couvert de fleurs ciselées brûlait au fond, et chacune de ses huit branches en or portait dans un calice de diamants une mèche de byssus. Il était posé sur la dernière des longues marches qui allaient vers un grand autel, terminé aux angles par des cornes d’airain. Deux escaliers latéraux conduisaient à son sommet aplati ; on n’en voyait pas les pierres ; c’était comme une montagne de cendres accumulées, et quelque chose d’indistinct fumait dessus, lentement. Puis au-delà, plus haut que le candélabre, et bien plus haut que l’autel, se dressait le Moloch, tout en fer, avec sa poitrine d’homme où bâillaient des ouvertures. Ses ailes ouvertes s’étendaient sur le mur, ses mains allongées descendaient jusqu’à terre ; trois pierres noires, que bordait un cercle jaune, figuraient trois prunelles à son front, et, comme pour beugler, il levait dans un effort terrible sa tête de taureau.

Autour de l’appartement étaient rangés des escabeaux d’ébène. Derrière chacun d’eux, une tige en bronze posant sur trois griffes supportait un flambeau. Toutes ces lumières se reflétaient dans les losanges de nacre qui pavaient la salle. Elle était si haute que la couleur rouge des murailles, en montant vers la voûte, se faisait noire, et les trois yeux de l’idole apparaissaient tout en haut, comme des étoiles à demi perdues dans la nuit.

Les Anciens s’assirent sur les escabeaux d’ébène, ayant mis par-dessus leur tête la queue de