Page:Flaubert - Salammbô.djvu/159

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


loin que son haut bonnet. Tous lui ricanaient à la face. À mesure qu’augmentait son angoisse, leur joie redoublait, et, au milieu des huées, ceux qui étaient par-derrière criaient :

— On l’a vu sortir de sa chambre !

— Un matin du mois de Tammouz !

— C’est le voleur du zaïmph !

— Un homme très beau !

— Plus grand que toi !

Il arracha sa tiare, insigne de sa dignité, sa tiare à huit rangs mystiques dont le milieu portait une coquille d’émeraude, et à deux mains, de toutes ses forces, il la lança par terre ; les cercles d’or en se brisant rebondirent, et les perles sonnèrent sur les dalles. Ils virent alors sur la blancheur de son front une longue cicatrice ; elle s’agitait comme un serpent entre ses sourcils ; tous ses membres tremblaient. Il monta un des escaliers latéraux qui conduisaient sur l’autel et il marchait dessus ! C’était se vouer au Dieu, s’offrir en holocauste. Le mouvement de son manteau agitait les lueurs du candélabre plus bas que ses sandales, et la poudre fine, soulevée par ses pas, l’entourait comme un nuage jusqu’au ventre. Il s’arrêta entre les jambes du colosse d’airain. Il prit dans ses mains deux poignées de cette poussière dont la vue seule faisait frissonner d’horreur tous les Carthaginois, et il dit :

— Par les cent flambeaux de vos Intelligences ! par les huit feux des Kabyres ! par les étoiles, les météores et les volcans ! par tout ce qui brûle ! par la soif du Désert et la salure de l’Océan ! par la caverne d’Hadrumète et l’empire des Ames ! par l’extermination ! par la cendre de vos fils, et