Page:Flaubert - Salammbô.djvu/161

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ils lui jetaient des menaces, et Hamilcar leur répondait :

— À la nuit prochaine, Barca, dans le temple d’Eschmoûn !

— J’y serai !

— Nous te ferons condamner par les Riches !

— Et moi par le peuple !

— Prends garde de finir sur la croix !

— Et vous, déchirés dans les rues !

Dès qu’ils furent sur le seuil de la cour, ils reprirent un calme maintien.


Leurs coureurs et leurs cochers les attendaient à la porte. La plupart s’en allèrent sur des mules blanches. Le Suffète sauta dans son char, prit les rênes ; les deux bêtes, courbant leur encolure et frappant en cadence les cailloux qui rebondissaient, montèrent au grand galop toute la voie des Mappales, et le vautour d’argent, à la pointe du timon, semblait voler tant le char passait vite.

La route traversait un champ, planté de longues dalles, aiguës par le sommet, telles que des pyramides, et qui portaient, entaillée à leur milieu, une main ouverte comme si le mort couché dessous l’eût tendue vers le ciel pour réclamer quelque chose. Ensuite, étaient disséminées des cabanes en terre, en branchages, en claies de joncs, toutes de forme conique. De petits murs en cailloux, des rigoles d’eau vive, des cordes de sparterie, des haies de nopals séparaient irrégulièrement ces habitations, qui se tassaient de plus en plus, en s’élevant vers les jardins du Suffète. Mais Hamilcar tendait ses yeux sur une grande tour dont les trois étages faisaient