Page:Flaubert - Salammbô.djvu/163

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


s’étaient mis une fleur à l’oreille, et beaucoup d’entre eux ne l’avaient jamais vu.

Mais des hommes, coiffés comme des sphinx et munis de grands bâtons, s’élancèrent dans la foule, en frappant de droite et de gauche. C’était pour repousser les esclaves curieux de voir le maître, afin qu’il ne fût pas assailli sous leur nombre et incommodé par leur odeur.

Alors, tous se jetèrent à plat ventre en criant :

— Œil de Baal, que ta maison fleurisse !

Et entre ces hommes, ainsi couchés par terre dans l’avenue des cyprès, l’Intendant des intendants, Abdalonim, coiffé d’une mitre blanche, s’avança vers Hamilcar, un encensoir à la main.

Salammbô descendait l’escalier des galères. Toutes ses femmes venaient derrière elle ; et, à chacun de ses pas, elles descendaient aussi. Les têtes des Négresses marquaient de gros points noirs la ligne des bandeaux à plaque d’or qui serraient le front des Romaines. D’autres avaient dans les cheveux des flèches d’argent, des papillons d’émeraude, ou de longues aiguilles étalées en soleil. Sur la confusion de ces vêtements blancs, jaunes et bleus, les anneaux, les agrafes, les colliers, les franges, les bracelets resplendissaient ; un murmure d’étoffes légères s’élevait ; on entendait le claquement des sandales avec le bruit sourd des pieds nus posant sur le bois : et, çà et là, un grand eunuque, qui les dépassait des épaules, souriait la face en l’air. Quand l’acclamation des hommes se fut apaisée, en se cachant le visage avec leurs manches, elles poussèrent ensemble un cri bizarre, pareil au hurlement d’une louve, et il était si furieux et si strident