Page:Flaubert - Salammbô.djvu/173

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des vases brisés, des esclaves morts, des tapis perdus.

Abdalonim, toujours prosterné, lui apprit le festin des Barbares. Il n’avait pu se soustraire à l’ordre des Anciens. Salammbô, d’ailleurs, voulant que l’on prodiguât l’argent pour mieux recevoir les soldats.

Au nom de sa fille, Hamilcar se leva d’un bond. Puis, en serrant les lèvres, il s’accroupit sur les coussins ; il en déchirait les franges avec ses ongles, haletant, les prunelles fixes.

— Lève-toi ! dit-il ; et il descendit.

Abdalonim le suivait ; ses genoux tremblaient. Mais, saisissant une barre de fer, il se mit comme un furieux à desceller les dalles. Un disque de bois sauta, et bientôt parurent sur la longueur du couloir plusieurs de ces larges couvercles qui bouchaient des fosses où l’on conservait le grain.

— Tu le vois, Œil de Baal, dit le serviteur en tremblant, ils n’ont pas encore tout pris ! et elles sont profondes, chacune, de cinquante coudées et combles jusqu’au bord ! Pendant ton voyage, j’en ai fait creuser dans les arsenaux, dans les jardins, partout ! ta maison est pleine de blé, comme ton cœur de sagesse.

Un sourire passa sur le visage d’Hamilcar :

— C’est bien, Abdalonim ! Puis, se penchant à son oreille : Tu en feras venir de l’Étrurie, du Brutium, d’où il te plaira, et n’importe à quel prix ! Entasse et garde ! Il faut que je possède, à moi seul, tout le blé de Carthage.

Puis, quand ils furent à l’extrémité du couloir,