Page:Flaubert - Salammbô.djvu/178

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Suffète, en passant, les effleurait avec sa robe, sans même regarder de gigantesques morceaux d’ambre, matière presque divine formée par les rayons du soleil.

Un nuage de vapeur odorante s’échappa.

— Pousse la porte !

Ils entrèrent.

Des hommes nus pétrissaient des pâtes, broyaient des herbes, agitaient des charbons, versaient de l’huile dans des jarres, ouvraient et fermaient les petites cellules ovoïdes creusées tout autour de la muraille et si nombreuses que l’appartement ressemblait à l’intérieur d’une ruche. Du myrobalon, du bdellium, du safran et des violettes en débordaient. Partout étaient éparpillées des gommes, des poudres, des racines, des fioles de verre, des branches de filipendule, des pétales de roses ; et l’on étouffait dans les senteurs, malgré les tourbillons de styrax qui grésillait au milieu sur un trépied d’airain.

Le Chef des odeurs suaves, pâle et long comme un flambeau de cire, s’avança vers Hamilcar pour écraser dans ses mains un rouleau de métopion, tandis que deux autres lui frottaient les talons avec des feuilles de baccaris. Il les repoussa ; c’étaient des Cyrénéens de mœurs infâmes, mais que l’on considérait à cause de leurs secrets.

Afin de montrer sa vigilance, le Chef des odeurs offrit au Suffète, sur une cuiller d’électrum, un peu de malobathre à goûter ; puis, avec une alène, il perça trois besoars indiens. Le maître, qui savait les artifices, prit une corne pleine de baume, et, l’ayant approchée des charbons, il la pencha sur sa robe : une tache brune y parut,