Page:Flaubert - Salammbô.djvu/285

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


reur et persistait à soutenir qu’il avait la jambe cassée.

Enfin, les trois chefs et le Schalischim se demandèrent ce qu’il fallait maintenant décider.

Hamilcar leur fermait la route de Carthage ; on était pris entre ses soldats et les provinces de Narr’Havas ; les villes tyriennes se joindraient aux vainqueurs ; ils allaient se trouver acculés au bord de la mer, et toutes ces forces réunies les écraseraient. Voilà ce qui arriverait immanquablement.

Ainsi pas un moyen ne s’offrait d’éviter la guerre. Donc, ils devaient la poursuivre à outrance. Mais comment faire comprendre la nécessité d’une interminable bataille à tous ces gens découragés et saignant encore de leurs blessures ?

— Je m’en charge ! dit Spendius.

Deux heures après, un homme, qui arrivait du côté d’Hippo-Zaryte, gravit en courant la montagne. Il agitait des tablettes au bout de son bras, et, comme il criait très fort, les Barbares l’entourèrent.

Elles étaient expédiées par les soldats grecs de la Sardaigne. Ils recommandaient à leurs compagnons d’Afrique de surveiller Giscon avec les autres captifs. Un marchand de Samos, un certain Hipponax, venant de Carthage, leur avait appris qu’un complot s’organisait pour les faire évader, et on engageait les Barbares à tout prévoir ; la République était puissante.

Le stratagème de Spendius ne réussit point d’abord comme il l’avait espéré. Cette assurance d’un péril nouveau, loin d’exciter de la fureur, souleva des craintes ; et, se rappelant l’avertissement d’Hamilcar jeté naguère au milieu d’eux, ils s’atten-