Page:Flaubert - Salammbô.djvu/320

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Les communications avec le dehors étant interceptées, une famine intolérable commença.

On tua tous les chiens, tous les mulets, tous les ânes, puis les quinze éléphants que le Suffète avait ramenés. Les lions du temple de Moloch étaient devenus furieux et les hiérodoules n’osaient plus s’en approcher. On les nourrit d’abord avec les blessés des Barbares ; ensuite on leur jeta des cadavres encore tièdes ; ils les refusèrent, et moururent. Au crépuscule, des gens erraient le long des vieilles enceintes, et cueillaient entre les pierres des herbes et des fleurs qu’ils faisaient bouillir dans du vin ; le vin coûtait moins cher que l’eau. D’autres se glissaient jusqu’aux avant-postes de l’ennemi et venaient sous les tentes voler de la nourriture ; les Barbares, pris de stupéfaction, quelquefois les laissaient s’en retourner. Enfin un jour arriva où les Anciens résolurent d’égorger, entre eux, les chevaux d’Eschmoûn. C’étaient des bêtes saintes, dont les pontifes tressaient les crinières avec des rubans d’or, et qui signifiaient par leur existence le mouvement du soleil, l’idée du feu sous la forme la plus haute. Leurs chairs, coupées en portions égales, furent enfouies derrière l’autel. Puis, tous les soirs, alléguant quelque dévotion, les Anciens montaient vers le temple, se régalaient en cachette ; et ils remportaient sous leur tunique un morceau pour leurs enfants. Dans les quartiers déserts, loin des murs, les habitants moins misérables, par peur des autres, s’étaient barricadés.

Les pierres des catapultes et les démolitions ordonnées pour la défense avaient accumulé des tas de ruines au milieu des rues. Aux heures les