Page:Flaubert - Salammbô.djvu/370

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


ils commençaient à concevoir des inquiétudes. Les exigences d’Hamilcar seraient cruelles. Mais Spendius les rassurait.

— C’est moi qui parlerai !

Et il se vantait de connaître les choses bonnes à dire pour le salut de l’armée.

Derrière tous les buissons, ils rencontraient des sentinelles en embuscade. Elles se prosternaient devant le baudrier que Spendius avait mis sur son épaule.

Quand ils arrivèrent dans le camp punique, la foule s’empressa autour d’eux, et ils entendaient comme des chuchotements, des rires. La porte d’une tente s’ouvrit.

Hamilcar était tout au fond, assis sur un escabeau, près d’une table basse où brillait un glaive nu. Des capitaines, debout, l’entouraient.

En apercevant ces hommes, il fit un geste en arrière, puis il se pencha pour les examiner.

Ils avaient les pupilles extraordinairement dilatées avec un grand cercle noir autour des yeux, qui se prolongeait jusqu’au bas de leurs oreilles ; leurs nez bleuâtres saillissaient entre leurs joues creuses, fendillées par des rides profondes ; la peau de leur corps, trop large pour leurs muscles, disparaissait sous une poussière de couleur ardoise ; leurs lèvres se collaient contre leurs dents jaunes ; ils exhalaient une infecte odeur ; on aurait dit des tombeaux entr’ouverts, des sépulcres vivants.

Au milieu de la tente, il y avait, sur une natte où les capitaines allaient s’asseoir, un plat de courges qui fumait. Les Barbares y attachaient leurs yeux en grelottant de tous les membres, et