Page:Flaubert - Salammbô.djvu/379

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Taanach auprès d’elle. Son visage était couvert d’une écharpe blanche, qui, lui passant sur la bouche et sur le front, ne laissait voir que les yeux ; mais ses lèvres brillaient dans la transparence du tissu comme les pierreries de ses doigts, car Salammbô tenait ses deux mains enveloppées, et tout le temps qu’ils parlèrent, elle ne fit pas un geste.

Narr’Havas lui annonça la défaite des Barbares. Elle le remercia par une bénédiction des services qu’il avait rendus à son père. Alors il se mit à raconter toute la campagne.

Les colombes, sur les palmiers autour d’eux, roucoulaient doucement, et d’autres oiseaux voletaient parmi les herbes : des galéoles à collier, des cailles de Tartessus et des pintades puniques. Le jardin, depuis longtemps inculte, avait multiplié ses verdures ; des coloquintes montaient dans le branchage des canéficiers, des asclépias parsemaient les champs de roses, toutes sortes de végétations formaient des entrelacements, des berceaux ; et des rayons de soleil, qui descendaient obliquement, marquaient çà et là, comme dans les bois, l’ombre d’une feuille sur la terre. Les bêtes domestiques, redevenues sauvages, s’enfuyaient au moindre bruit. Parfois on apercevait une gazelle traînant à ses petits sabots noirs des plumes de paon dispersées. Les clameurs de la ville, au loin, se perdaient dans le murmure des flots. Le ciel était tout bleu ; pas une voile n’apparaissait sur la mer.

Narr’Havas ne parlait plus ; Salammbô, sans lui répondre, le regardait. Il avait une robe de lin, où des fleurs étaient peintes, avec des franges d’or