Page:Flaubert - Salammbô.djvu/388

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Au faîte de la plus grande, un large ruban d’or brillait ; il pendait sur l’épaule ; le bras manquait de ce côté-là, et Hamilcar eut de la peine à reconnaître Hannon. Ses os spongieux ne tenant pas sous les fiches de fer, des portions de ses membres s’étaient détachées, et il ne restait à la croix que d’informes débris, pareils à ces fragments d’animaux suspendus contre la porte des chasseurs.

Le Suffète n’avait rien pu savoir : la ville, devant lui, masquait tout ce qui était au-delà, par-derrière ; et les capitaines envoyés successivement aux deux généraux n’avaient pas reparu. Alors, des fuyards arrivèrent, racontant la déroute ; et l’armée punique s’arrêta. Cette catastrophe, tombant au milieu de leur victoire, les stupéfiait. Ils n’entendaient plus les ordres d’Hamilcar.

Mâtho en profitait pour continuer ses ravages dans les Numides.

Le camp d’Hannon bouleversé, il était revenu sur eux. Les éléphants sortirent. Mais les Mercenaires, avec des brandons arrachés aux murs, s’avancèrent par la plaine en agitant des flammes, et les grosses bêtes, effrayées, coururent se précipiter dans le golfe, où elles se tuaient les unes les autres en se débattant, et se noyèrent sous le poids de leurs cuirasses. Déjà Narr’Havas avait lâché sa cavalerie ; tous se jetèrent la face contre le sol ; puis, quand les chevaux furent à trois pas d’eux, ils bondirent sous leurs ventres qu’ils ouvraient d’un coup de poignard, et la moitié des Numides avait péri quand Barca survint.

Les Mercenaires, épuisés, ne pouvaient tenir contre ses troupes. Ils reculèrent en bon ordre jusqu’à la montagne des Eaux-Chaudes. Le Suffète