Page:Flaubert - Salammbô.djvu/390

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toutes sortes d’artifices, Hamilcar séduisit les chefs des villages ; et les Mercenaires furent chassés, repoussés, traqués comme des bêtes féroces. Dès qu’ils entraient dans un bois, les arbres s’enflammaient autour d’eux ; quand ils buvaient à une source, elle était empoisonnée ; on murait les cavernes où ils se cachaient pour dormir. Les populations qui les avaient jusque-là défendus, leurs anciens complices, maintenant les poursuivaient ; ils reconnaissaient toujours dans ces bandes des armures carthaginoises.

Plusieurs étaient rongés au visage par des dartres rouges ; cela leur était venu, pensaient-ils, en touchant Hannon. D’autres s’imaginaient que c’était pour avoir mangé les poissons de Salammbô, et, loin de s’en repentir, ils rêvaient des sacrilèges encore plus abominables, afin que l’abaissement des Dieux puniques fût plus grand. Ils auraient voulu les exterminer.

Ils se traînèrent ainsi pendant trois mois le long de la côte orientale, puis derrière la montagne de Selloum et jusqu’aux premiers sables du désert. Ils cherchaient une place de refuge, n’importe laquelle. Utique et Hippo-Zaryte seules ne les avaient pas trahis ; mais Hamilcar enveloppait ces deux villes. Puis ils remontèrent dans le nord, au hasard, sans même connaître les routes. A force de misères, leur tête était troublée.

Ils n’avaient plus que le sentiment d’une exaspération qui allait en se développant ; et ils se retrouvèrent un jour dans les gorges du Cobus, encore une fois devant Carthage !

Alors les engagements se multiplièrent. La fortune se maintenait égale ; mais ils étaient, les uns