Page:Flaubert - Salammbô.djvu/404

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Khamon, sans aucune escorte, les bras attachés dans le dos ; et il était défendu de le frapper au cœur, pour le faire vivre plus longtemps, de lui crever les yeux, afin qu’il pût voir jusqu’au bout sa torture, de rien lancer contre sa personne et de porter sur elle plus de trois doigts d’un seul coup.

Bien qu’il ne dût paraître qu’à la fin du jour, quelquefois on croyait l’apercevoir, et la foule se précipitait vers l’Acropole, les rues se vidaient, puis elle revenait avec un long murmure. Des gens, depuis la veille, se tenaient debout à la même place, et de loin ils s’interpellaient en se montrant leurs ongles, qu’ils avaient laissés croître pour les enfoncer mieux dans sa chair. D’autres se promenaient agités ; quelques-uns étaient pâles comme s’ils avaient attendu leur propre exécution.

Tout à coup, derrière les Mappales, de hauts éventails de plumes se levèrent au-dessus des têtes. C’était Salammbô qui sortait de son palais ; un soupir d’allégement s’exhala.

Mais le cortège fut longtemps à venir ; il marchait pas à pas.

D’abord défilèrent les prêtres des Patæques, puis ceux Eschmoûn, ceux de Melkarth et tous les autres collèges successivement, avec les mêmes insignes et dans le même ordre qu’ils avaient observé lors du sacrifice. Les pontifes de Moloch passèrent le front baissé, et la multitude, par une espèce de remords, s’écartait d’eux. Mais les prêtres de la Rabbet s’avançaient d’un pas fier, avec des lyres à la main ; les prêtresses les suivaient dans des robes transparentes de couleur