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SALAMMBÔ

sacré — elle tremble encore, puis étend la main ; alors il la couvre avec le manteau, comme avec un linceul — il l’étreint sur sa poitrine, et finalement la b…

Dire comme quoi elle s’échappe avec le voile (peut-être doit-elle rester là quelques jours — ce sera une occasion de décrire le camp et les mœurs des Mercenaires).

Fuite de Pyrrha — Naravas passe aux Carthaginois (là, développer et coordonner les événements historiques qui ne sont guère accessoires du roman).

Hamilcar charmé reçoit Naravas et lui fiance sa fille — il faut qu’on voie cette scène, et la balle de Pyrrha dont...... est encore................... mercenaire ; elle consent, cependant — elle cède — n’est-elle pas destinée à mourir ?

Suite des événements dans le camp — bataille, gentillesses — prise de Mâtho — son supplice par les rues, le jour où l’on va célébrer les noces de Pyrrha — regard de la jeune fille sur le corps déchiré de Mâtho — elle l’aime — c’est lui l’époux — ils ont été mariés par la mort — elle pâlit, et tombe — dans le sang de Mâtho.

Nous donnons la première page de ce manuscrit abandonné. C’est une ample description de Carthage.

I

« Carthage, bâtie sur une haute péninsule, était bordée à l’est, du côté de la Cyrénaïque, par un golfe entouré de montagnes. Au nord, du côté de la Sicile, la pleine mer battait sa falaise blanche, et au sud et à l’ouest, le lac de Tunis et le golfe d’Utique échancraient l’isthme étroit qui la reliait à la terre ferme. Ainsi posée au milieu des ondes, elle tournait le dos à la mer avec l’insolente sécurité d’un maître, tandis qu’elle regardait l’Afrique tout en face et, allongeant vers elle son bras de terre, semblait la tenir attachée.

« Elle ne se laissait pas, comme Athènes et Alexandrie, apercevoir du large par le voyageur qui arrivait : il fallait, après les écueils de son rivage, doubler le promontoire de Moloch, où tombait pendant la nuit un phare géant ; puis on suivait le bord d’un môle qui s’avançait dans les flots, et enfin elle se découvrait échelonnant ses maisons de pierre, à six étages, toutes barbouillées de bitume. Il y en avait en planches, en galets, en roseaux, et comme toutes finissaient par des terrasses, on aurait dit un amoncellement d’énormes dés. Les bois des temples faisaient des lacs de verdure dans cette masse sombre, les places publiques