Page:Flaubert - Salammbô.djvu/95

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de cassolettes éteintes ; elles étaient si couvertes de tatouages, de colliers, d’anneaux, de vermillon et d’antimoine, qu’on les eût prises, sans le mouvement de leur poitrine, pour des idoles ainsi couchées par terre. Des lotus entouraient une fontaine, où nageaient des poissons pareils à ceux de Salammbô ; puis au fond, contre la muraille du temple, s’étalait une vigne dont les sarments étaient de verre et les grappes d’émeraude : les rayons des pierres précieuses faisaient des jeux de lumière, entre les colonnes peintes, sur les visages endormis.

Mâtho suffoquait dans la chaude atmosphère que rabattaient sur lui les cloisons de cèdre. Tous ces symboles de la fécondation, ces parfums, ces rayonnements, ces haleines l’accablaient. À travers les éblouissements mystiques, il songeait à Salammbô. Elle se confondait avec la Déesse elle-même, et son amour s’en dégageait plus fort, comme les grands lotus qui s’épanouissaient sur la profondeur des eaux.

Spendius calculait quelle somme d’argent il aurait autrefois gagnée à vendre ces femmes ; et, d’un coup d’œil rapide, en passant, il pesait les colliers d’or.

Le temple était, de ce côté comme de l’autre, impénétrable. Ils revinrent derrière la première chambre. Pendant que Spendius cherchait, furetait, Mâtho, prosterné devant la porte, implorait Tanit. Il la suppliait de ne point permettre ce sacrilège. Il tâchait de l’adoucir avec des mots caressants, comme on fait à une personne irritée.

Spendius remarqua au-dessus de la porte une ouverture étroite.