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154 LITTÉRATURE ORALE

de fruits, qu'elle mordille comme elle peut; mais les fruits sauvages ne sont guère nourrissants. Elle entre dans le jardin d'un château et là elle mordille les fruits qu'elle peut atteindre, mais n'ose se montrer à personne.

On remarque ces fruits mordillés. Presque tous ceux d'un poirier y ont déjà passé. On se demande qui a pu faire cela; un oiseau peut-être, mais encore quel oiseau?

On fait le guet. Aucun gros oiseau ne se montre; mais on aperçoit une jeune fiUe qui, ne se croyant pas observée, grimpe dans les arbres fruitiers. On la suit des yeux pour voir ce qu'elle fera. On la surprend mordillant les fruits.

— Que faites-vous là, mademoiselle?

— Plaignez-moi, répond-elle en montrant ses deux bras privés de mains, plaignez-moi et par- donnez-moi.

Celui qui l'avait surprise était le fils de la maî- tresse du château. La mutilation qu'on avait fait subir à la jeune fille n'avait pas altéré sa beauté, la souffrance lui avait même donné quelque chose de plus séduisant.

— Venez avec moi, lui dit-il, et il l'introduisit secrètement dans la maison. Il la conduisit dans