Page:Fleury - Littérature orale de la Basse-Normandie, 1883.djvu/181

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DE LA BASSE-NORMANDIE 157

coupable, puisque Dieu, au lieu d'enfants, lui avait envoyé deux monstres. On finit par persua- der à la jeune femme, à force de le lui répéter, qu'après ces lettres il serait imprudent à elle d'at- tendre le retour de son mari, qui serait capable de la tuer, et que le meilleur pour elle c'était de s'en aller.

Elle se laisse persuader ; on lui donne quelque argent ; elle s'habille en paysanne et la voilà partie avec ses deux enfants dans un bissac, l'un en avant, l'autre en arrière; mais sa mutilation la rendait maladroite; en se penchant pour puiser de l'eau dans une fontaine, elle y laissa tomber un de ses enfants. Comment le retirer, puisqu'elle n'avait pas de mains?

Elle adressa à Dieu une courte mais fervente prière, puis elle enfonça ses deux bras, ses deux moignons, dans la fontaine pour tâcher de rat- traper l'enfant. EUe le rattrapa, en effet, et, en lui ôtant ses habits mouillés, elle s'aperçut que ses deux mains avaient repoussé; Dieu avait entendu la prière de son amour maternel et lui avait rendu les membres qu'elle avait perdus.

Elle put dès lors travailler de ses mains et gagner la vie de ses deux enfants. Elle vécut ainsi douze longues années.