Page:Fleury - Littérature orale de la Basse-Normandie, 1883.djvu/70

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page n’a pas encore été corrigée


46 LITTÉRATURE ORALE

paliers ; le jardin, qui se trouve derrière, est en- touré de clématites et autres plantes grimpantes. La chambre de la demoiselle de Gruchy est intacte. On y monte par un escalier de bois assez raide ; la cheminée est très grande, avec un chambranle de granit. Rien de remarquable d'ailleurs.

Mademoiselle de Gruchy était magicienne et connaissait le moyen de se changer en toutes sortes d'animaux. On la rencontrait en belette, en levrette, en gros chien, toujours cruelle et impi- toyable, quelque forme qu'il lui plût de prendre. EUe attirait des jeunes gens chez elle, puis, quand elle en était lassée, elle les changeait en animaux comme Circé, ou en plantes comme Alcine. Elle était sans pitié surtout contre ceux qui osaient lui résister ; elle les faisait éventrer et mettait leurs intestins à sécher sur les haies d'aubépine.

Elle avait une peau magique, d'autres disent une haire dont elle se revêtait , et alors on ne pouvait rien contre elle ; il lui suffisait même d'être en contact avec ce talisman pour n'avoir rien à craindre de personne.

Mais, un matin, on la surprit au lit, elle s'élança vers sa haire; on l'empêcha de la toucher, et alors elle se laissa emmener sans résistance.