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M. DE FONTANES

celles de son père et de sa mère, qui l’ont frappé coup sur coup, achèvent d’égarer son âme. Il s’écrie contre l’existence ; il va presque jusqu’à la maudire :

Monarque universel, que peut-être j’outrage,
Pardonne à mes soupirs ; je connais mon erreur.
Pour un jeune arbrisseau que tourmente l’orage,
  Dois-tu suspendre ta fureur ?
D’un pas toujours égal, la nature insensible
Marche, et suit tes décrets avec tranquillité.
Audacieux enfant contre elle révolté,
Je me débuts en vain sous le bras inflexible
  De la nécessité.


Il s’arrête un moment aux projets les plus sinistres et les envisage sans effroi :

Terre où va s’engloutir ma dépouille fragile,
Terre, qui t’entretiens de la cendre des morts,
Ô ma mère, à ton fils daigne ouvrir un asile !
Heureux, si dans ton sein doucement je m’endors !
Sous la tombe, du moins, l’infortune est tranquille.


Mais à l’instant la terre s’entrouvre, l’ombre de son père en sort et le rappelle à la raison, à la constance, à la vertu, lui montre une sœur chérie qui lui reste, et l’invite aux beaux-arts, à la poésie noblement consolatrice. Ce Cri de mon Cœur semble avoir exhalé en une fois toute cette ferveur troublée de la jeune âme de Fontanes, et on n’en retrouvera plus trace désormais dans son talent pur, tendre, mélancolique, et moins ardent que sensible[1].

L’Almanach des Muses de 1780, le fit plus hautement con-

  1. Je veux être tout à fait exact : outre cette même pièce du Cri de mon Cœur, le Journal des Dames de 1777 (par conséquent un peu antérieur à l’Almanach des Muses de 1778), contenait une lettre de Fontanes à Dorat, toujours dans ce ton exalté qui contraste singulièrement avec les idées