Page:Fortuné du Boisgobey - Le Pouce crochu, Ollendorff, 1885.djvu/16

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page n’a pas encore été corrigée


— C’est dix sous les premières, ma petite dame.

Camille mit la main à sa poche, n’y trouva rien et fit un geste désespéré, en se rappelant qu’elle n’avait pas pensé à se munir d’une pièce blanche pour courir après les vingt mille francs de son père.

La vieille comprit cette pantomime et reprit en ricanant :

— On n’entre pas à l’œil, ma belle. Faites-vous payer le spectacle par ces messieurs.

Elle désignait les jeunes gens qui étaient montés derrière Camille.

— Voilà pour trois, dit le plus grand des deux, en jetant une pièce de cinq francs dans la sébile, à moitié pleine de gros sous.

Camille ne le remercia même pas et elle entra précipitamment, sans se préoccuper de voir si les deux élégants la suivaient. Les places vides ne manquaient pas. Elle alla s’asseoir sur la première banquette, tout près d’une bande joyeuse de commis de magasin et de demoiselles de comptoir qui mangeaient des oranges et qui parlaient très haut.

C’était l’élite des spectateurs, car il n’y avait guère là que des ouvriers en blouse, des gavroches mal peignés, des troupiers et des bonnes.

L’assemblée était houleuse. Aux premières, on riait bruyamment ; aux secondes, on braillait ; aux troisièmes, on imitait le coq et d’autres animaux. Mais les cris qui dominaient, c’était : « Zig-Zag ! En scène Zig-Zag ! ous qu’il est donc le faigniant ? il s’aura cavalé pour aller voir sa connaissance… Tais donc ton bec ! elle est à montrer ses mollets sur l’estrade, sa connaissance… c’est celle qu’a une badine à la main… »

Ces dialogues à la volée se croisaient dans l’air empesté