Page:Fortuné du Boisgobey - Le Pouce crochu, Ollendorff, 1885.djvu/34

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au grand chagrin du père Gémozac qui rêvait d’en faire son successeur. Julien était d’un grand cercle, et menait la vie à fond de train, jouant gros jeu, pariant très cher aux courses, et ne comptant plus ses succès dans le monde des demoiselles faciles.

Il avait cependant passé par l’École centrale et il en était sorti, en très bon rang, avec un brevet d’ingénieur civil qu’il espérait bien ne jamais utiliser.

Sa mère le gâtait ; son père disait pour se consoler : « Il faut que jeunesse se passe !… » mais il trouvait qu’elle ne passait pas vite.

En attendant que la raison vînt, il n’exigeait que deux choses : d’abord, que Julien habitât la maison paternelle ; ensuite qu’il prit part au déjeuner de famille. Et si Julien ne se gênait pas pour découcher, il s’astreignait du moins à ne pas manquer le repas du matin. À midi précis, on se mettait à table chez le grand industriel et Julien était exact.

Il lui arrivait bien quelquefois, après une nuit orageuse, de se montrer avec des traits tirés et les yeux battus, mais il faisait bonne contenance et on lui en savait gré. Son père le chapitrait doucement et sa mère, qui voulait le marier, lui proposait des héritières qu’il ne refusait pas, mais qu’il évitait de rencontrer.

La mort tragique du pauvre Monistrol avait eu un contrecoup dans la maison Gémozac.

Un matin, Julien n’avait pas paru au déjeuner, et on avait su qu’il n’était pas rentré depuis la veille.

Ses parents, très inquiets, passèrent une triste journée, car ils n’apprirent qu’à six heures du soir ce qui lui était arrivé.

Indignement lâché par son camarade Fresnay, Julien