Page:Fortuné du Boisgobey - Le Pouce crochu, Ollendorff, 1885.djvu/37

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et il a prouvé un alibi. On le confrontera sans doute avec elle, puisqu’elle est maintenant en état de s’expliquer, mais je parierais volontiers qu’elle ne le reconnaîtra pas.

— C’est probable, car il paraît qu’elle n’a entrevu que la main du meurtrier. Elle m’a dit cela, sans s’expliquer davantage.

— Ah ! oui, la main !… c’est son idée fixe. Pendant sa première attaque de nerfs, elle criait : « Oh ! cette main… elle s’approche… elle menace mon père… chassez-la ! » Elle avait le délire. Il est vrai que le rapport des médecins déclare que son père a été étranglé par une main énorme… et j’ai moi-même constaté le fait en examinant le corps. Mais ce n’est pas là un indice suffisant. Tous les assassins ont des mains larges comme des battoirs. Te rappelles-tu que, dans le temps, on ne parlait que du pouce de Troppmann ?

À ce moment un valet de pied entra et ce n’était pas pour son service, car M. Gémozac tenait à déjeuner en tête-à-tête avec sa femme et son fils, et ses domestiques avaient ordre de ne jamais se montrer sans qu’on les sonnât.

— Qu’est-ce que c’est, Jean ? demanda-t-il en fronçant le sourcil.

— Mademoiselle Monistrol désirerait parler à monsieur ou à madame. Je lui ai dit qu’on était à table…

— N’importe ! Faites-la entrer, répondit vivement Gémozac.

Camille attendait dans l’antichambre. Le valet de pied alla l’y chercher, et lorsqu’elle entra, Julien eut quelque peine à la reconnaître. Il ne l’avait vue que dans le costume qu’elle portait le soir de leur première rencontre, et