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timents ou sur leurs quatre faces ces quatre scènes s’est multiplié à ce point qu’on est conduit à penser que leur dédication remplaçait — sans fatigue, sinon sans débours — pour les dévots d’humeur sédentaire l’accomplissement des quatre pèlerinages et était censé leur valoir des mérites équivalents[1]. Mais si textes et monuments sont dès l’abord et restent jusqu’au bout d’accord au sujet des quatre prodiges principaux et des quatre villes correspondantes, il n’en va plus de même en ce qui concerne les prodiges et les cités qui devaient compléter le chiffre sacré de « huit[2] ». On conçoit aisément que les villes de Kapilavastou et de Bénarès et les deux bourgades d’Ouroubilvâ et de Kouçinagara n’aient pu longtemps monopoliser à leur seul profit les « vestiges » du Maître et les bénéfices afférents[3] ; mais les textes varient suivant les époques tant sur le choix des localités à leur adjoindre que sur celui de l’événement qu’il convient d’y commémorer. Il semble qu’une compétition se soit instituée à cette occasion entre les diverses cités du bassin moyen du Gange et, aux alentours de chacune d’elles, entre les divers couvents. Cette fois encore c’est aux monuments figurés que nous sommes redevables de la formule à laquelle finirent par s’arrêter tous les artistes et se rallier la majorité des donateurs. Il fut définitivement convenu que les pèlerins devaient aller vénérer avant tout à Sânkâçya le souvenir de la « Descente du ciel », à Çrâvastî celui du « Grand prodige magique », à Râdjagriha celui de la « Subjugation de l’éléphant furieux », et à Vaïçâlî celui de « l’Offrande du singe[4] ».

Le premier étonnement que cause la lecture de cette liste est d’y constater l’absence de trois villes dont l’importance ancienne nous est connue : Mathourâ, Sakêtâ et Kaouçambî[5]. À la vérité la première, dont le zèle bouddhique sera plus tard attesté par tant de fondations, était restée en marge des itinéraires du Bouddha ; mais tel n’était pas le cas des deux autres, aux portes desquelles on nous dit que la Communauté possédait un ermitage où le Maître aurait souvent résidé[6]. Il faut croire que Sakêtâ, Kaouçambî, et, avec elles, Prayâga et tout le cœur de l’Inde centrale étaient dès lors trop profondément brahmanisés pour que la prédication du Bienheureux y rencontrât le même succès que dans le Koçala septentrional, le Tirhout et le Magadha[7]. N’oublions pas non plus que Sakêtâ, de son autre nom Ayodhyâ, était la ville sainte de Râma, comme la « Mathourâ des dieux » de Ptolémée était celle de Krishna. Quant à Kaouçambî, capitale des Vatsas, il semble que les relations du Bouddha avec son roi Oudayana soient restées des plus distantes[8] ; et d’autre part on ne pouvait aisément pardonner aux moines querelleurs et indociles de cette ville l’affront qu’ils avaient infligé à leur Maître. Qu’en revanche la Çrâvastî de Prasênadjit, la Vaïçâlî des Litchavis et le Râdjagriha de Bimbisâra fussent à l’honneur, rien de plus naturel. Mais qui nous dira à présent pourquoi, entre tous les faits édifiants dont ces deux dernières villes auraient été le théâtre, on

  1. AgbG fig. 208 ou BBA pl. IV.
  2. La st. brahmanique citée Cambridge Hist. of India I p. 531 doit être corrigée pour porter le nombre des places saintes à ce chiffre.
  3. Des reproches rétrospectifs au Buddha pour avoir choisi de mourir à Kuçinagara sont mis dans la bouche d’Ânanda supra p. 310.
  4. V. fig. 3 et cf. AgbG fig. 498 et 500.

    Fig. 3. — Schéma de la figuration des huit grands miracles :
    a) Style Gupta.

    Fig. 3. — Schéma de la figuration des huit grands miracles :
    b) Style Pâla.

  5. Mathurâ est la Muttra des cartes anglaises sur la rive droite de la Yamunâ (Jumna) à peu près à mi-chemin entre Agra et Delhi. — Les ruines de Saketâ-Ayodhyâ sont situées en Aoudh à quelques kilomètres de Faizâbâd. Celles de Kauçâmbî ont été identifiées par Al. Cunningham avec Kosâm sur la rive gauche de la Yamunâ, à une cinquantaine de kilomètres en amont de la jonction de cette rivière avec la Gangâ à Prayâg (Allahâbâd).
  6. l’Añjana-vana à Sakêta et l’ârâma du ministre Ghoshila (ou Ghosita) à Kauçâmbî.
  7. Hiuan-tsang y notera une grande majorité d’hétérodoxes.
  8. Le DA XXXVI explique le fait par l’animosité de la fille de l’ascète Makandika, que le Buddha avait refusée et qui était devenue l’épouse favorite d’Udayana ; le DhPC II 1 incorpore tardivement le cycle des aventures extraordinaires d’Udena à la légende bouddhique. V. aussi n. à p. 275, 41.