Page:Fournier - Mon encrier (recueil posthume d'études et d'articles choisis dont deux inédits), Tome I, 1922.djvu/141

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MON ENCRIER

Que M. Bourassa, un seul instant, ait pu s’y tromper, c’est ce qui dépasse l’imagination. N’a-t-il point assez vécu pour connaître ses compatriotes ? Ne les a-t-il jamais observés ? Ignore-t-il ce que sont et ce que font journellement la grande majorité des nôtres, dans le commerce, dans la finance, voire dans les professions libérales — surtout dans les professions libérales ? Ne sait-il pas enfin qu’aux yeux de quiconque a pu les voir à l’œuvre dans leurs affaires privées leur conduite publique, loin d’étonner, paraît tout ce qu’il y a de plus naturel au monde ?

Il n’est pourtant que d’ouvrir les yeux pour s’en rendre compte. Depuis l’honnête habitant qui vous vend le gros prix un sac de pommes de terre additionnées de cailloux jusqu’au notaire de confiance qui se fait avec votre argent, prêté à 5 p. c., une commission de 3, — depuis le respectable épicier qui vous triche sur la pesée jusqu’au consciencieux architecte qui s’est entendu avec votre entrepreneur en bâtiments pour vous faire accepter des matériaux bons à rien, — depuis le courtier considéré qui vous vend à 500 piastres, sur de fausses représentations, des lots qui en valent bien 25, jusqu’à l’honorable avocat qui s’enrichit sur le dos de son client à coups de procédures inutiles, dans quel état, dans quel métier, dans quelle profession, je vous prie, ne trouvez-vous pas le Vol florissant et prospère, à tous les degrés de l’échelle ?