Page:Fournier - Mon encrier (recueil posthume d'études et d'articles choisis dont deux inédits), Tome I, 1922.djvu/149

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MON ENCRIER

en même temps, plus sympathique. Seul parmi nous, je crois, Jules-Paul Tardivel avait, de nos jours, exercé une action de cette nature. Encore y a-t-il que cette action, si elle ne fut pas moins profonde, fut beaucoup moins étendue que celle M. Bourassa… — Que le chef nationaliste ait pu ainsi conquérir, à défaut de la foule, un fort élément de la classe instruite ; qu’il ait fini par s’imposer à quelques milliers d’estimables esprits et se les attacher solidement, c’est là, certes, un résultat qui n’est pas à dédaigner et dont bien peu d’hommes, je dis parmi les plus distingués, auraient lieu de n’être point satisfaits. Je le demande cependant, est-ce bien là un résultat dont M. Bourassa, lui, se puisse contenter ? Entre ce résultat et, d’autre part, son nom, sa personnalité, les dons puissants et presque uniques qui sont les siens, n’aperçoit-il pas clairement toute la disproportion ? Et nous enfin, nous tous qui avions compté sur M. Bourassa comme sur le chef et le sauveur prochain de la race, n’étions-nous pas en droit, vraiment, d’attendre de lui autre chose, et plus, que le rôle restreint où il semble définitivement emprisonné ?

Il faut bien en effet le constater : si M. Bourassa aujourd’hui peut en toute confiance revendiquer le suffrage d’une honorable élite, ses idées en revanche ne sont pas plus en faveur, auprès de l’immense majorité du peuple, qu’elles ne l’é-