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LA FAILLITE (?) DU NATIONALISME

incompris et méconnu, il en est encore à attendre, après vingt années de la vie publique la plus laborieuse, la plus fertile en efforts, la plus riche d’idées, la réalisation d’une seule de ses conceptions essentielles, soit dans la sphère provinciale, soit dans la fédérale.

D’où vient cela ? Comment tant d’intelligence de savoir, de travail ardu, sont-ils venus aboutir à pareille succession d’échecs ? Et comment expliquer, enfin, le contraste d’un tel talent et d’une telle destinée ?

On en pourrait, je crois, donner au moins trois raisons.

D’abord, cet impérieux besoin d’étaler son érudition, qui l’a conduit dès longtemps à sacrifier, au profit d’arguments savants sans doute, mais bien plus encore fantaisistes, les raisons toutes simples, les solides et admirables raisons sur lesquelles il avait d’abord fondé sa doctrine. Pour obéir à ce besoin, pour pouvoir se donner la vaine satisfaction d’éblouir son public, il a fait plus en effet que de compliquer comme à plaisir les questions les plus simples de considérations, d’ailleurs généralement fausses, sur la politique européenne et sur l’histoire, sur le droit constitutionnel et sur la diplomatie, il a encore voulu faire dépendre de ces considérations tout l’intérêt et toute la vérité de l’idée nationaliste. D’un monument, en d’autres termes, bâti sur le roc même du bon sens et de la raison, il a voulu faire