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LA FAILLITE (?) DU NATIONALISME

pes canadiennes en Europe. N’était-ce donc qu’à cela — pour nous en tenir à ces deux cas — que devaient aboutir tant de beaux discours et d’éloquentes professions de foi ? Aucun homme public, il est certain, après avoir tant parlé, n’avait encore montré moins de décision l’heure venue d’agir, ni pareillement reculé, comme pris de panique, devant les conséquences de ses principes. Aucun, avec plus de logique dans la pensée, n’avait eu moins de constance dans la conduite ; aucun n’avait encore à ce degré donné l’impression « de ne point savoir ce qu’il voulait ».

Enfin, son inexpérience et son dédain des hommes, lesquels ont fini par faire de lui, dans notre vie publique, une manière de stylite, abritant à l’ombre de sa colonne un, deux… peut-être trois disciples dignes d’être comptés, c’est-à-dire aptes à répandre dans la foule son enseignement. Exemple unique, je crois bien, d’un maître d’idées réduit à pareil isolement. Et qu’on ne vienne pas, avec le Devoir, tenter de nous expliquer cette anomalie par la prétendue raison que M. Bourassa, ne disposant « ni de places, ni de faveurs », ne saurait inspirer le même dévouement qu’un chef politique ordinaire. Notre race, quelque place qu’y tiennent les âmes cupides ou bassement ambitieuses, n’est pas encore tellement appauvrie de natures généreuses qu’elle ne soit prête à fournir en tout temps, au juste chef d’une juste cause, un état-major digne de lui. —