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MON ENCRIER

l’influence des États-Unis, elles imposeront la paix à la Russie, avant que l’Allemagne ne soit réduite ni même sensiblement affaiblie.

Naturellement, les chances de la guerre peuvent apporter des modifications à ce programme…

Mais quoi qu’il arrive, on peut être certain que les hommes d’État britanniques ne désirent ni le triomphe de la Russie, ni l’écrasement complet de l’Allemagne, ni même une France trop forte. Si la France refuse de suivre l’Angleterre dans son évolution et de tourner son influence contre la Russie qui l’aura virtuellement sauvée, elle verra revivre à brève échéance les jours de Fachoda. — (Cf. le Devoir du 30 octobre.)

Il n’y a pas à douter, de fait, que si l’Angleterre agissait ainsi, et si la France refusait de la suivre, l’Entente Cordiale pourrait ne pas survivre à l’affaire. Est-il bien sûr, pourtant, que tout cela se produira — et surtout se produira si vite ? Pour M. Bourassa, la question ne se pose même pas : il sait, lui, qu’il en sera de même. Ce ne sont pas des conjectures qu’il hasarde, ce sont des axiomes qu’il formule. — Or, « qu’arrivera-t-il, au Canada, le jour où l’Angleterre, changeant son fusil d’épaule, refera l’entente cordiale avec l’Allemagne, les débris de l’Autriche et l’Italie, contre la Russie et contre la France ? »

Naturellement, la presse jingoe et impérialiste changera de lyre…

Mais nos pauvres pious-pious, enrôlés par les rhéteurs, les politiciens et les puffistes, pour aller défendre nos deux « mères-patries » ? Et la masse des Canadiens-français, odieusement trompés par ceux qui ont pour mission spéciale de les éclairer ?

… Comment feront-ils le partage du double devoir qu’on veut leur imposer aujourd’hui : obéiront-ils au « devoir de loyauté » en servant l’Angleterre contre la France ?