Page:Franck - Le communisme jugé par l'histoire, 1871.djvu/15

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page a été validée par deux contributeurs.


société, dispensés de fournir des garanties, soit matérielles, soit morales, le droit au crédit, digne pendant de ce qu’on appelait en 1848 le droit au travail. La gratuité du crédit se confond nécessairement avec l’abolition de l’intérêt. L’intérêt de l’argent une fois aboli, pourquoi conserverait-on la rente de la terre ? pourquoi le loyer des maisons ? Les maisons et les terres ne sont-elles pas des capitaux aussi bien que les billets de banque et les espèces sonnantes ? La faculté d’habiter les unes et de cultiver les autres ne doit-elle pas être regardée comme un véritable crédit ? Or, si les capitaux et les immeubles, si les valeurs et les signes de la valeur appartiennent indistinctement à tout le monde, ils n’appartiennent plus à personne, ils sont la propriété de l'État, et nous voilà encore une fois dans le communisme.

Mais, à parler rigoureusement, la conséquence qu’apporterait avec elle la gratuité du crédit serait encore moins la communauté de la propriété que celle de la misère. Qui se donnerait la peine d’amasser des capitaux qui ne devraient produire aucun intérêt ? de faire construire des maisons qui se loueraient gratis ? de faire défricher des terres qui seraient au premier occupant ? Les capitaux absents, le crédit n’est plus qu’un mot vide de sens. La gratuité du crédit n’est donc pas autre chose que la destruction du crédit.