Page:Franck - Le communisme jugé par l'histoire, 1871.djvu/54

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et ce principe ne contredit pas celui de la justice et du droit, comme aussi il ne saurait le remplacer. Que je m’efforce, comme l’Évangile le prescrit, d’imiter la bonté de Dieu, qui fait luire son soleil sur les bons et les méchants : Ut silis filii Patris vestri qui in cœlis est, qui solem suum oriri facit super bonos et malos[1] ; cela ne fera pas disparaître la différence du bien et du mal ; cela n’ôtera rien à l’homme vertueux de son mérite et n’empêchera pas le méchant d’être coupable. Que j’aime ceux qui me haïssent, que je pardonne à ceux qui m’ont offensé, que je prie pour mes persécuteurs, cela pourra-t-il faire que la haine ne soit pas un mauvais sentiment, l’offense que j’ai reçue, une méchante action, et la persécution de l’innocent un crime ? De même, quand je partage mes biens entre les pauvres, il n’en faut pas conclure que je n’aurais pas eu le droit de les conserver et que les pauvres à qui j’en fais don n’ont fait que recouvrer ce qui leur a toujours appartenu. S’il fallait interpréter ainsi le précepte évangélique, où donc serait l’amour ? où serait le sacrifice ? On ne peut sacrifier ce qu’on n’a pas, on n’est pas généreux en payant ses dettes. Mais faisons un pas de plus ; supposons cette idée traduite en fait ; figurons-nous une société où c’est la loi qui donne en se substituant à ma place, et pour parler plus exactement, où per-

  1. Saint Mathieu, V. v, 45.