Page:Furetière - Le Roman bourgeois.djvu/131

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esprit. D’autre costé, un certain autheur, nommé Charoselles, y venoit aussi ; il avoit esté assez fameux en sa jeunesse, mais il s’estoit décrié à tel point, qu’il ne pouvoit plus trouver de libraires pour imprimer ses ouvrages. Il se consoloit neantmoins par la lecture qu’il essayoit d’en faire à toutes les compagnies, et… Mais tout beau ! si je voulois descrire icy par le menu toutes ses qualitez et celles de ces autres personnages, je ferois une trop longue digression, et ce seroit trop differer le mariage qui est sur le tapis. Pour coupper court, il s’amassoit tous les jours bonne compagnie chez Angelique. Quelquefois on y traittoit des questions curieuses ; d’autrefois on y faisoit des conversations galantes, et on tâchoit d’imiter tout ce qui se pratique dans les belles ruelles par les pretieuses du premier ordre.

Le jour que Javotte fut introduitte dans cette compagnie il y avoit moins de monde, et elle ne fut pas si tumultueuse qu’à l’ordinaire. Il arriva mesme que la conversation y fut assés agreable et spirituelle. Or quoy que Javotte n’y contribuast que de sa presence, il ne sera pas hors de propos d’en inserer icy une partie, qu’elle escouta avec une attention merveilleuse. Pour vous consoler de cette digression, imaginez-vous, si vous voulez, qu’il arrive icy comme dans tous les romans ; que Javotte est embarquée ; qu’il vient une tempeste qui la jette sur des bords estrangers ; ou qu’un ravisseur l’enlève en des lieux d’où l’on ne peut avoir de long-temps de ses nouvelles ; encore aurez-vous cela de bon que vous ne la perdrez point de veuë, et vous la pourrez tousjours loüer de son silence, qui est une vertu bien rare en ce sexe.

Si-tost que les premiers compliments furent faits,