Page:Furetière - Le Roman bourgeois.djvu/133

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endroit de leur conversation, que je veux passer sous silence, car je n’oserois nommer pas un des autheurs vivans : ils m’accuseroient de tout ce qui auroit esté dit alors, quoy que je n’en pusse mais. J’aurois beau condamner tous les jugemens qui auroient esté prononcez contre eux, ce seroit un crime capital d’en faire seulement mention. Ils me traitteroient bien plus rigoureusement qu’un historien ou un gazetier, qui ne sont jamais garands des recits qu’ils font. Outre que ces messieurs sont si delicats, qu’il faut bien prendre garde comme on parle d’eux ; ils sont si faciles à piquer, que le moindre mot de raillerie, ou une louange médiocre, les met aux champs, et les rend ennemis irreconciliables. Apres quoy, ce sont autant de bouches que vous fermez à la Renommée, qui auparavant parloient pour vous, et cela fait grand tort au libraire qui est interessé au débit d’un livre. J’ay mesme ce respect pour eux, que je ne veux pas faire comme certains escrivains, qui, lors qu’ils en parlent, retournent leurs noms, les escorchent, ou les anagrammatisent. Invention assez inutile, puisque, si leur nom est bien caché, le discours est obscur et perd de sa force et de sa grace, on n’est tout au plus plaisant qu’à peu de personnes ; et si on le descouvre (comme il arrive presque tousjours) ce déguisement ne sert de rien, veu que les lecteurs font si bien qu’ils en attrapent la clef, et il arrive souvent qu’il y a des larrons d’honneur qui en font faire de fausses clefs. C’est pourquoy je ne parlerai point du destail, mais seulement de ce qui fut dit en general, et dont personne ne se peut choquer, s’il n’est de bien mauvaise humeur, et s’il n’a la conscience bien chargée. On s’estendit d’abord sur les poëmes et sur les romans,