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Page:Fustel de Coulanges - La Cité antique, 1870.djvu/195

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Les repas publics de Sparte sont fort connus ; mais on s’en fait ordinairement une idée qui n’est pas conforme à la vérité. Or se figure les Spartiates vivant et mangeant toujours en commun, comme si la vie privée n’eût pas été connue chez eux. Nous savons au contraire par des textes anciens que les Spartiates prenaient souvent leurs repas dans leur maison, au milieu de leur famille[1]. Les repas publics avaient lieu deux fois par mois, sans compter les jours de fête. C’étaient des actes religieux de même nature que ceux qui étaient pratiqués à Athènes, à Argos et dans toute la Grèce[2].

Outre ces immenses banquets, où tous les citoyens étaient réunis et qui ne pouvaient guère avoir lieu qu’aux fêtes solennelles, la religion prescrivait qu’il y eût chaque jour un repas sacré. À cet effet, quelques hommes choisis par la cité devaient manger ensemble, en son nom, dans l’enceinte du prytanée, en présence du foyer et des dieux protecteurs. Les Grecs étaient convaincus que si ce repas venait à être omis un seul jour, l’État était menacé de perdre la faveur de ses dieux.

À Athènes, le sort désignait les hommes qui devaient prendre part au repas commun, et la loi punissait sévèrement ceux qui refusaient de s’acquitter de ce devoir. Les citoyens qui s’asseyaient à la table sacrée, étaient revêtus momentanément d’un caractère sacerdotal ; on les appelait parasites ; ce mot, qui devint plus tard un terme de mépris, commença par être un titre sacré.[3] Au temps de Démosthène, les parasites avaient disparu ; mais les prytanes

  1. Athénée, IV, 17 ; IV, 21. Hérodote, I, 51. Plutarque, Cléomène, 13.
  2. Cet usage est attesté, pour Athènes, par Xénophon, Gouv. d’Ath., 2 ; le scholiaste d’Aristophane, Nuées, 393 ; pour la Crète et la Thessalie, par des auteurs que cite Athénée, IV, 22 ; pour Argos, par une inscription, Bœckh, 1122 ; pour d’autres villes, par Pindare, Ném., XI ; Théognis, 269 ; Pausanias, V, 15 ; Athénée, IV, 32 ; IV, 61 ; X, 24 et 25 ; X, 49 ; XI, 66.
  3. Plutarque, Solon, 24. Athénée, VI, 26.