Page:Gaboriau - L’Affaire Lerouge.djvu/183

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Ils étaient assis tous deux au fond du jardin, sous le berceau garni de plantes exotiques, et à travers les branches, ils apercevaient le peignoir flottant de la marquise qui se promenait après son souper.

Ils étaient restés longtemps sans se parler, émus de l’émotion de la nature, oppressés par les parfums pénétrants des fleurs de la pelouse. M. Daburon osa prendre la main de la jeune fille.

C’était la première fois, et cette peau si fine et si douce lui donna une commotion terrible qui lui fit affluer tout son sang au cerveau.

— Mademoiselle, balbutia-t-il, Claire…

Elle arrêta sur lui ses beaux yeux surpris.

— Pardonnez-moi, continua-t-il, pardonnez-moi. Je me suis adressé à votre grand’mère avant d’élever mes regards jusqu’à vous. Ne me comprenez-vous donc pas ?… Un mot de votre bouche va décider de mon malheur ou de ma félicité. Claire, mademoiselle, ne me repoussez pas : je vous aime !

Pendant que parlait le magistrat, mademoiselle d’Arlange le regardait comme si elle eût douté du témoignage de ses sens. Mais à ces mots : Je vous aime, prononcés avec le frissonnement contenu de la passion la plus vive, elle dégagea brusquement sa main en étouffant un cri.

— Vous ! murmura-t-elle, est-ce bien vous.

M. Daburon, quand il se serait agi de sa vie, n’au-