Page:Gaboriau - L’Affaire Lerouge.djvu/362

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courage a chancelé devant des coïncidences incroyables, miraculeuses, accablantes. Je suis anéanti, parce que je sens l’impossibilité d’établir mon innocence. Mais je ne désespère pas. Mon honneur et ma vie sont entre les mains de Dieu. À cette heure même où je dois vous paraître perdu, car je ne m’abuse pas, monsieur, je ne renonce pas à une éclatante justification. Je l’attends avec confiance.

— Que voulez-vous dire ? interrompit le juge.

— Rien d’autre que ce que je dis, monsieur.

— Ainsi vous persistez à nier ?

— Je suis innocent.

— Mais c’est de la folie…

— Je suis innocent.

— C’est bien, fit M. Daburon, pour aujourd’hui en voilà assez. Vous allez entendre la lecture du procès-verbal et on vous reconduira au secret. Je vous exhorte à réfléchir. La nuit vous inspirera peut-être un bon mouvement ; si le désir de me parler vous venait, quelle que soit l’heure, envoyez-moi chercher, je viendrai. Des ordres seront donnés. Lisez, Constant.

Quand Albert fut sorti avec les gendarmes :

— Voilà, fit le juge à demi-voix, un obstiné coquin !

Certes, il n’avait plus l’ombre d’un doute. Pour lui, Albert était le meurtrier aussi sûrement que s’il eût tout avoué. Persistât-il dans son système de négation quand même, jusqu’à la fin de l’instruction, il était