Page:Gaboriau - L’Affaire Lerouge.djvu/519

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Ah ! le coup avait été bien monté. Après souper, on parla de se coucher, et il se trouve qu’il n’y a dans cette auberge que deux chambres à deux lits. C’était à croire qu’on l’avait fait bâtir exprès. L’aubergiste dit que les deux nourrices coucheront dans une de ces chambres et Germain et moi dans l’autre. Comprenez-vous, monsieur le juge ? Ajoutez que toute la soirée j’avais surpris des signes d’intelligence entre ma femme et ce gredin de domestique. J’étais furieux.

C’était la conscience qui parlait et que je faisais taire de force. Je sentais que j’agissais très-mal et je m’en voulais à la mort. Pourquoi n’y a-t-il que les coquines pour faire virer comme une girouette à tous les vents de leurs coquineries l’esprit d’un honnête homme ?

M. Daburon répondit par un coup de poing à démolir son bureau.

Lerouge poursuivit plus vite :

— Moi, je repoussai cet arrangement, feignant d’être trop jaloux pour lâcher ma femme une minute. Il fallait en passer par où je voulais. La nourrice étrangère monta se coucher la première ; nous y allâmes, Claudine et moi, un moment après. Ma femme défit ses hardes et se coucha dans les draps avec notre fils et le nourrisson ; moi, je ne me déshabillai pas. Sous prétexte qu’en me couchant j’exposerais les nourrissons, je m’installai sur une chaise devant le lit, dé-