Page:Gaboriau - L’Affaire Lerouge.djvu/524

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quais, elle s’attablait avec les plus mauvaises gredines du pays, et il n’y avait rien de trop bon ni de trop cher pour elles. Elle se prenait de boisson au point qu’il fallait la coucher. Là-dessus, voilà qu’une nuit qu’elle me croyait à Rouen, je reviens sans être attendu. J’entre, et je la trouve avec un homme. Et quel homme, monsieur ! Un méchant gringalet honni de tout le pays, laid, sale, puant ; enfin le clerc de l’huissier du bourg. J’aurais dû le tuer, c’était mon droit, comme une vermine qu’il était, il me fit pitié. Je l’empoignai par le cou et je le jetai par la fenêtre sans l’ouvrir. Il n’en est pas mort. Alors, je tombai sur ma femme, et quand je cessai de frapper, elle ne bougeait plus.

Lerouge parlait d’une voix rauque, et de temps à autre enfonçait sur ses yeux ses poings crispés.

— Je pardonnai, continua-t-il, mais l’homme qui a battu sa femme et qui lui a fait grâce est perdu. Désormais, elle prit mieux ses précautions, elle devint plus hypocrite, et voilà tout. Dans l’intervalle, madame Gerdy retira son petit. Claudine ne fut plus retenue par rien. Protégée et conseillée par sa mère, qu’elle avait prise avec nous et qui était censée soigner notre Jacques, elle put me tromper pendant plus d’un an. Je la croyais revenue à de meilleurs sentiments, et pas du tout, elle menait une vie effroyable. Ma maison était devenue le mauvais lieu du pays, et c’est chez moi que les vauriens se ren-