Page:Gaboriau - L’Affaire Lerouge.djvu/55

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vent le crime à la piste, le code à la main, à travers les broussailles de la légalité, comme les sauvages de Cooper poursuivent leur ennemi au milieu des forêts de l’Amérique. L’envie me prit d’être un rouage de l’admirable machine, de devenir aussi, moi, une providence au petit pied, aidant à la punition du crime et au triomphe de l’innocence. Je m’essayai, et il se trouve que je ne suis pas trop impropre au métier.

— Et il vous plaît ?

— Je lui dois, monsieur, mes plus vives jouissances. Adieu l’ennui ! depuis que j’ai abandonné la poursuite du bouquin pour celle de mon semblable. Ah ! c’est une belle chose ! Je hausse les épaules quand je vois un jobard payer 25 francs le droit de tirer un lièvre. La belle prise ! Parlez-moi de la chasse à l’homme ! Celle-là, au moins, met toutes les facultés en jeu, et la victoire n’est pas sans gloire. Là, le gibier vaut le chasseur, il a comme lui l’intelligence, la force et la ruse ; les armes sont presque égales. Ah ! si on connaissait les émotions de ces parties de cache-cache qui se jouent entre le criminel et l’agent de la sûreté, tout le monde irait demander du service rue de Jérusalem. Le malheur est que l’art se perd et se rapetisse. Les beaux crimes deviennent rares. La race forte des scélérats sans peur a fait place à la tourbe de nos filous vulgaires. Les quelques coquins qui font parler d’eux de loin en