Page:Gaboriau - Les Gens de bureau, Dentu, 1877.djvu/195

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au cabinet de son chef. C’est là que l’on installa Caldas à une table dont l’ordre symétrique disait les habitudes du propriétaire.

Confiance oblige, dit-on. Romain, qui se sentait fier de suppléer un homme indispensable, prit la résolution sinon de le dépasser, au moins de l’égaler.

— Mon garçon, se dit-il, il s’agit de te bien tenir. Tu as ton avancement au bout de tes doigts. Chaque employé de l’Équilibre a son brevet de directeur dans son écritoire. Il s’agit de l’en faire sortir.

Malheureusement il avait peu à faire pour l’instant, et Caldas dut faire preuve d’un génie fort inventif pour trouver à s’occuper un peu.

Il avait bien copié cinq bonnes pages en huit jours, et son activité commençait à faire oublier au chef de bureau son employé absent, lorsqu’il arriva un matin, cet employé.

M. Brugnolles est un grand et gros garçon à la lèvre épaisse, à l’œil vif, aux cheveux crépus. Sa barbe en éventail, épaisse et forte, tire légèrement sur le roux. Les roses de Provins fleurissent sur ses joues un peu hâlées. Il a le ventre déjà proéminent, les bras courts, la main grosse, grasse et rouge. Il a cette démarche des épaules qui donne en province de l’importance à un